rencontre avec des guerisseurs remarquables
— Halloween, pesta l’Hétia, en reposant sa tasse de thé sur sa coupelle en porcelaine. Le Monde Visible a renommé notre humble sabbat de Samhuinn en Halloween. Et les plus jeunes de nos rangs se laissent avoir…
    — Que voulez-vous dire ? questionna Ade en croisant les jambes. Que nos jeunes …
    — Que la marmaille de Lysel préfère fêter Samhuinn à la mode du visible. Déguisement ridicule, bonbons, et autres supercheries qui n’ont pas lieu d’être. Mais c’est ainsi !
    — Qu’attendez-vous de nous, alors ?
    — Que vous fassiez le tour des rues ce soir, afin de vous montrer un peu sous un bon jour. Les Sœurs de l’Equilibre sont là pour protéger le peuple, et c’est exactement ce que vous allez faire ce soir !
    — Okay, j’me casse ! riposta Eko avec fougue.
    
    Nara s’apprêtait à la retenir, à lui exprimer tout son mécontentement, mais la sorcière rebelle avait déjà quitté la pièce, et la porte se refermait sur elle avec lourdeur. Ade soupira, et reprit la conversation avec un intérêt poli. De son côté, Venice faisait semblant d’écouter, et de comprendre la situation… Elle avait une autre idée en tête.
    
    La sorcière colorée s’était dépêchée de rentrer à la maison, après l’entrevue avec Nara. L’excitation la gagnait peu à peu, et la joie de participer à ce fameux « halloween » grignotait peu à peu son sérieux. Venice s’enferma dans sa chambre, et commença à fouiller son armoire pour trouver la tenue parfaite. Déguisement ? Elle devait avoir ça quelque part, coincé entre deux manteaux à fourrures, et ses robes pastel. Elle dégota une jupe à froufrou rose, des collants assortis et pour donner une touche fantaisiste, un sac en forme de nounours qu’elle avait nommé Myosotis pour l’occasion.
    Venice s’imaginait déjà parcourir les rues de Lysel, à rigoler avec les autres enfants et adultes, prête à récolter un maximum de bonbon, en faisant fureur avec son déguisement de princesse moderne. Elle mangerait de la barbe à papa, et se laisserait tenter par quelques barres de chocolat piquées en douce dans le sac d’un gamin. La soirée s’annonçait magique.
    Ade et Eko se querellait au rez-de-chaussée, énième dispute sur le comportement désabusé de la cadette. L’une insultait, et l’autre se plaignait d’autant de vulgarité… classique ! Nathaniel, de son côté, lisait tranquillement l’Opinium du jour, avachi dans le fauteuil en velours pourpre qui trônait face à l’âtre rougeoyant.
    
    — Je suis prête ! déclara Venice avec fierté, exhibant à qui voulait le voir son costume de circonstance.
    
     Personne ne s’en soucia. Déçue, légèrement vexée, elle quitta la demeure sans être inquiétée par ses sœurs excessives. L’air frais revigora ses sens ; elle réassembla ses cheveux roses en une boule désordonnée, et s’élança dans les ruelles sombres, déterminées à faire de cette nuit la meilleure nuit d’halloween.
    L’Allée du Carmin vibrait d’une activité particulière. Elle croisait lutins et gnomes, mélangés aux vampires et loups garous, tous à grogner sur les passants qui riaient – ou pestaient – de ce spectacle. Certains trouvaient cette tradition du visible affligeante, et préférait invoquer la magnificence perdue de Samhuinn au profit de la supercherie halloweenesque. Mais Venice n’avait que faire des mauvaises langues, et crapahuta facétieusement à la recherche d’un groupe de mômes qui accepterait une adulte dans son genre.
    
    — Des bonbons ou la vie ! s’égosilla-t-elle en croisant une vieille ronchonne qui pestait contre les citrouilles apparues sur les perrons.
    
    La mamie l’ignora. Nombre des passants continuaient jusqu’au manoir, où le rituel pour le sabbat aurait lieu un peu plus tard dans la nuit. De ce qu’avait compris Venice, une multitude de lampions seraient lâchés dans la nuit, s’envolant au-dessus des toits de Lysel pour piqueter la voute céleste d’une multitude d’étincelles.
    Venice s’aventura vers une première maison, prête à faire le nécessaire pour récolter le maximum de friandise. Elle toqua. Une deuxième fois. Puis une troisième. Personne ne répondit. Loin de s’avouer vaincue, elle essaya la porte suivante, puis une autre, et encore une… Elle ne récolta que le mépris des habitants.
    Des rires attirèrent pourtant son attention ; au loin, une dizaine de jeunes s’étaient rassemblés, et paraissaient jubiler. Intriguée, elle fit un pas vers eux, bien décidée à les rejoindre pour partager ce moment d’allégresse. Mais le silence se fit, et seuls les talons claquants de ses bottes fuchsias se firent entendre dans la rue sombre.
    
    — Bonsoir, je peux me joindre à vous ? demanda-t-elle une fois à hauteur des garnements déguisés.
    
    L’un d’eux ricana, rapidement imité par la totalité du groupe, les joues fardées de couleurs outrancières, et les cheveux éparpillés en d’excentriques coiffures. Pourtant, Venice ne décela aucune bienveillance dans leurs regards ; malgré le khôl sur les paupières, le rouge sur les lèvres, et le blanc poudreux sur la peau, la menace pétillait clairement dans le fond des prunelles.
    Le plus grand murmura dans l’oreille de son camarade de droite. Venice frissonna, ne sachant plus comment réagir devant ses jeunes aux abords inoffensifs. Plus grande, plus âgée aussi, elle ne devait pas se sentir si impuissante, si démunie face à tant de visages moqueurs, se passant chuchotements sur chuchotements sans qu’elle ne puisse capter un mot.
    
    — Je veux juste m’amuser un peu avec vous, avoua Venice avec sincérité, la voix tremblante. J’ai pas d’amis à Lysel, et je pensais…
    — On sait qui t’es, espèce de monstre !
    — Mon… monstre ?
    
    Ils riaient. Leur cruauté était à peine dissimulée, juste camouflée sous une couche crémeuse de maquillage. Blessée par les quolibets, Venice resta immobile, recroquevillée derrière son mur invisible, trop peureuse pour oser faire demi-tour.
    
    — Dégage ! hurla une adolescente.
    
    Les insultes pleuvaient ; ses rares friandises furent pillées. Une tornade de vulgarité s’abattait sur elle, bousculée, poussée, le front maculé de crachats. Venice tomba à la renverse, écrasée par la malveillance de ce soir d’Halloween. Les larmes brulaient ses yeux, accrochées à ses cils pailletés, s’apprêtaient à s’écrouler sur les sommets de ses pommettes quand une douleur aigue électrisa ses sens. Elle sentit le caillou rebondir sur sa robe en mousseline, puis rouler sur les pavés. Il fut le premier.
    Son corps meurtri par les coups multiples refusait de l’écouter. Ses jambes battaient l’air pathétiquement, incapable de relever son buste lapidé. Les cris quittaient sa gorge, étouffés sur ses lèvres par des sanglots gutturaux. Une pierre percuta son front ; le menton cogna la route, les mains plaquées sur le sommet de son crâne comme seule protection. Un liquide chaud se mélangeait à ses pleurs, lui faisant regretter sa joie du début.
    Tout s’arrêta soudainement. Plus de heurts, plus de cailloux, plus de rires… Venice releva péniblement la tête, à temps pour observer un spectacle différent animer la scène de son martyr. Les jambes écartés, les bras tendus, Eko déviaient les projectiles avec dextérité, usant de son pouvoir de projection pour les renvoyer sur les diablotins fuyards. Chacun de ses mouvements exprimaient une détermination qu’enviait Venice, émerveillée par le charisme de sa sœur en action. Plaintes et geignardises accompagnaient les lâches dans leur retraites ; une véritable héroïne remplaçait la vulgaire et futile jeune femme qu’était Eko habituellement, protégeant la tourmentée des dernières tentatives désastreuses.
    
    — Tout est fini, annonça Ade en s’agenouillant à ses côtés.
    — La prochaine fois, je leur fais bouffer leurs bonbecs par le…
    — Eko ! gronda Ade.
    — Merci, souffla Venice entre deux sanglots.
    
    Les deux fusillèrent du regard la pauvre chose échouée. Venice attendait le sermon, bien consciente d’avoir mérité les réprimandes de ses ainées : rien ne vint pour autant. Ade lui offrit le réconfort de ses bras écartés, berçant la victime comme une mère aurait pu le faire. Venice se laissa aller à pleurer, rassérénée par l’étreinte bienfaitrice de la grande sœur. Eko, d’une rare délicatesse, tamponnait son front à l’aide d’un mouchoir.
    Au-dessus des trois, les lampions de Samhuinn décoraient le ciel d’une nuée écarlate, dérivant vers le lointain en un silence solennel. Elles restèrent un moment, serrées l’une contre l’autre, à observer les nuages flamboyant célébrer l’esprit de l’automnale.
    
    — Tu ressembles à un parfait petit monstre d’halloween, déclara finalement Eko.
    — Rien à envier aux autres, affirma Ade. Avec de la chance, on récoltera encore des bonbons !
    — Je ne sais pas si… j’ai envie d’y retourner, dit Venice avec hésitation. J’ai l’air ridicule et…
    — Et on t’accompagne, assura Ade en se relevant d’un bond.
    
    Un bonnet en forme de coccinelle coiffait désormais sa chevelure ondulée. Le chapeau grotesque détonait avec l’inflexibilité dont faisait preuve Ade en temps normal. Venice ne pouvait pas refuser une telle proposition.
    
    — N’est-ce pas Eko ? poursuivit la coccinelle géante d’une œillade entendue.
    — Nan, là je crois pas…
    — Eko…
    — Je vous jure que si ça se sait, je vous tues !
    
    Elle mit à son tour un bonnet d’où s’échappaient deux antennes et les ailes d’une abeille saugrenue. Ce fut ainsi que trois sœurs, destinées à sauver le monde, déambulèrent dans les rues de Lysel pour piller les saladiers, et enrichir leurs sacs à malices.

Texte publié par site de rencontre par affinité culinaire, 19 avril 2015 à 19h20
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
sexe hauts de seine
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous club rencontres 17 ou vous rencontre femmes meurthe et moselle !
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
rencontre avec michael walzer une guerre peut elle être juste
rencontre casual dating
bot site de rencontre
citation sur les rencontres professionnelles
un site pour des rencontres
dating femmes thionville
rencontre entre cinquantenaires
encontre a area dentro de uma petala da rosacea
rencontre femme sexe reunion
comment rencontrer les pzk
879 histoires publiées
426 membres inscrits
Notre membre le plus récent est club atlantic rencontre la rochelle
LeConteur.fr 2013-2017 © Tous droits réservés